xxiii. origine du monde ou joconde ?

« Tu crois qu’il faut se lever, mon ange ?

– Mhh­h­hh, fit Nathalie, je ne sais pas trop. »

Un bâille­ment l’empêcha de con­tin­uer sa phrase, et elle s’abandonna aux plaisirs d’un réveil tout en douceur. Elle s’étira en frot­tant son dos con­tre la poitrine de son amant, et quand elle reprit, sa voix mêlait les accents d’une volup­té de femme lan­guis­sante au ron­ron­nement d’un chat couché en boule sur un radi­a­teur :

« Finale­ment, je ne crois pas. »

Cette phrase fut accom­pa­g­née d’un sourire telle­ment chargé de volup­té et d’une expres­sion si lan­goureuse que Ste­fan, s’il avait pu lire sur son vis­age, n’aurait pas hésité à renou­vel­er les caress­es de tan­tôt. Il dev­ina pour­tant à moitié les promess­es qui y étaient con­tenues, et il con­tin­ua à promen­er sa main sur le dos et les épaules qu’elle lui offrait.

« Du coup, on n’ira pas au Lou­vre ? Et le con­cert, on n’ira pas, non plus ?

– M’enfin, ce n’est pas juste de me pos­er de telles ques­tions, m’amour. Tu sais que je ne voudrais pas rater ce con­cert – c’est mon cadeau de Noël, après tout.

– Exacte­ment ! » répli­qua Ste­fan, qui insis­tait sur la néces­sité de se lever, pen­dant que ses mains glis­saient sur le flanc de la femme couchée et se rap­prochaient dan­gereuse­ment de ses seins.

Nathalie, tirail­lée entre l’envie de rester couchée près des doigts ten­dres de Ste­fan et celle de prof­iter pleine­ment de son séjour dans la cap­i­tale, prit finale­ment une déci­sion, sauta hors du lit, et tapa sur les mains baladeuses de Ste­fan. Sur son vis­age, la volup­té avait été rem­placée par l’hilarité devant le regard con­sterné de son amant. Les mains sur les hanch­es, elle se dres­sa devant le lit, exposant toute la splen­deur de son corps, telle l’incarnation de la divinité antique dont la nudité était juste­ment un des atouts les plus naturels.

« Alors là, ça ne va pas, hein ? Est-ce qu’on va rester sage ? C’est toi qui as eu l’idée de m’offrir un con­cert, non ? Et c’est toi qui as pro­posé une vis­ite dans un musée avant. Alors, lequel est-ce que ce sera ?

– Je ne sais pas trop. On peut aller voir le musée d’Orsay. Toi qui aimes Courbet… En même temps, le Lou­vre, c’est quelque chose de spé­cial.

– C’est vrai, ça. En plus, tu as déjà été au Quai d’Orsay, et je voudrais te faire faire quelque chose dont les sou­venirs ne se rap­por­tent qu’à moi.

– Tu serais jalouse de mes sou­venirs alors ?

– Tu sais, il y en a tant déjà que nous ne parta­geons pas … Je voudrais qu’il y ait, dans ta tête, même dans 10 ans, une petite place con­sacrée rien qu’à nous deux. Et une prom­e­nade dans le Lou­vre, ça sort de l’ordinaire, tu ne trou­ves pas ?

– Si. Ce sera le Lou­vre alors.

– Ça va ! »

Nathalie se jeta sur Ste­fan qui, totale­ment pris au dépourvu, n’eut même pas le temps de lever ses bras pour adoucir le choc. Les mains posées sur ses joues, elle fixa sa tête et cou­vrit ses lèvres de bais­ers brefs et rapi­des. Tout ça se pas­sa dans l’espace de quelques instants, et quand elle se leva pour con­tem­pler sa con­quête, elle affichait le sourire vain­queur de la maîtresse qui venait de sub­juguer sa proie.

Hors d’haleine, Ste­fan ne put pas pronon­cer la moin­dre parole et se con­tenta de la regarder s’éloigner vers la salle de bain, où elle dis­parut pour pren­dre une douche rapi­de. Ste­fan res­ta couché, s’enveloppa dans la cou­ette, et tour­na sur le côté. C’était sa posi­tion favorite pour goûter les derniers instants de repos avant de devoir se lever pour affron­ter la journée. Là, il était partagé entre le désir de pro­longer le séjour au lieu pré­cis qui avait été le théâtre de leurs ébats noc­turnes, de leur pre­mière ren­con­tre en amants, et le désir tout aus­si fort de pass­er la journée en activ­ités, en com­pag­nie de cette femme dont il con­nais­sait déjà assez l’intelligence et l’imagination pour l’apprécier à sa juste valeur. Une prom­e­nade avec elle à tra­vers les salles du Lou­vre, cela promet­tait des délices. Du coup, tout en restant envelop­pé par la chaleur du lit où il pou­vait encore respir­er le par­fum de leurs amours, il était déjà en avance sur la journée et se vit par­ti pour la ville, en com­pag­nie d’une femme ravis­sante.

Il était dix heures quand Nathalie sor­tit de la salle de bain. Elle était tou­jours nue, et ses cheveux, qu’elle n’avait pas lavés, entouraient sa tête d’une sorte de voile. Elle ressem­blait à une déesse qui pas­sait. Seule­ment, quelle déesse ? L’assurance de sa démarche et la con­science de sa nudité comme seul état con­ven­able, le peu de cas qu’elle sem­blait faire des effets qu’elle avait sur Ste­fan, le firent penser à Diane, mais Ste­fan ne savait que trop que l’épithète d’une déesse chaste, voire vierge, n’était que peu adap­té à Nathalie. Le sou­venir de la nuit passée évo­qua plutôt Vénus, mais la beauté de Nathalie était d’un tout autre genre que celle dont était parée la déesse de l’Amour, trop par­faite pour faire naître une quel­conque envie de la ser­rer forte­ment con­tre une poitrine mortelle.

Pen­dant que Ste­fan était absorbé par ses réflex­ions quant à la nature de la femme avec laque­lle il était finale­ment réu­ni, Nathalie tira un string de sa valise. Elle se pen­cha, leva un pied, puis l’autre, et l’enfila en se rel­e­vant très lente­ment. Avant d’être dev­enue la cible des agres­sions éro­tiques de Nathalie, Ste­fan n’avait pas cru pos­si­ble de con­fér­er un tel degré de las­civ­ité à un acte aus­si banal et quo­ti­di­en. Elle réus­sit à envoûter Ste­fan au même degré que par le procédé inverse. Stupé­fait, il vit dis­paraître la touffe noir der­rière l’éclat sat­iné. Con­tente de ses effets, elle regagna la salle de bain, le regard de Ste­fan rivé sur ses fess­es nues entre lesquelles dis­parais­sait, au gré du bal­ance­ment de ses hanch­es, le bout de ficelle du string. Ste­fan était lit­térale­ment tombé sous le charme de cette femme – et de ses fess­es. Cette idée le fit sourire, et Nathalie regar­da par la porte restée ouverte pour savoir ce qui se pas­sait. Quand elle vit le sourire de son amant, elle aus­si se mit à rire, et se rap­procha pour cueil­lir un bisou sur ses lèvres.

« Vas-y, mon cœur, je suis prête. »

Ils sor­tirent de l’hôtel vers onze heures, assez fiers tous les deux d’avoir su résis­ter à la ten­ta­tion renou­velée de leurs corps. Ils savaient que cette voie leur restait ouverte, mais d’abord, il y avait toute une journée à pass­er ensem­ble. Et ils comp­taient l’employer pour s’imprégner de sen­sa­tions com­munes, pour se créer des sou­venirs partagés.

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