xxxvi. incantation (1ère partie)

Un geste doux - préliminaire des incantations de Nathalie
« Elle lui ten­dit le front, il y posa la bouche. »

Ste­fan ne bougeait pas quand Nathalie, en se tour­nant vers lui, rompit l’immobilité. Elle lui ten­dit le front, il y posa la bouche. Ses cheveux dégageaient une odeur où se mélangeaient des relents de la chaleur des bou­gies, le froid de la nuit, et un inde­scriptible par­fum de femme. Ste­fan exerça juste assez de pres­sion pour sen­tir les légères irrégu­lar­ités que la peau de la femme impri­mait à la chair cares­sante des lèvres. Il fer­ma les yeux et se pen­cha jusqu’à sen­tir les cheveux de Nathalie lui cha­touiller le vis­age. Ils restèrent ain­si sans bouger pen­dant quelques min­utes, se ras­sur­ant par leur présence, au milieu de la nuit qui les iso­lait, deux ombres dans l’obscurité.

Cette fois-ci, ce fut à Ste­fan de sor­tir le pre­mier de cette nou­velle immo­bil­ité. Ayant rem­pli ses poumons de l’air qui venait de pass­er sur le corps de Nathalie, il se redres­sa, un peu trop brusque­ment, et Nathalie, désta­bil­isée par la perte de son point d’appui, trébucha et tom­ba dans ses bras. Elle col­la son vis­age con­tre sa poitrine, comme pour se cacher, et sa bouche lais­sa des traces humides sur l’étoffe quand elle pous­sa des éclats de rire étouf­fés qui ressem­blaient étrange­ment à des san­glots réprimés. Ras­surée par les bras qui la tenaient, elle aus­si se redres­sa, et ils se regardèrent : dans leurs yeux scin­til­laient la joie et l’envie. Ensem­ble, au même instant, ils se mirent en marche, comme si les lumières du fond de leurs yeux venaient de leur rap­pel­er les fenêtres illu­minées de l’hôtel qui les appelaient sur l’autre bord de la riv­ière. Bras dessus bras dessous ils arrivèrent devant l’entrée au bout de quelques min­utes.

Ste­fan pas­sa à la récep­tion pour réclamer la clef pen­dant que Nathalie appelait l’ascenseur. Ils tra­ver­sèrent les couloirs déserts en gar­dant le silence au milieu des liens que le désir partagé tis­sait entre eux. Ste­fan inséra la carte dans la ser­rure, ouvrit la porte et lais­sa entr­er Nathalie la pre­mière. Elle alluma la lumière en entrant, enl­e­va son blou­son et se tour­na vers Ste­fan qui venait de fer­mer la porte :

« Devine un peu, mon amour ! »

Il la regar­da affich­er un petit sourire légère­ment mali­cieux, entre­prenant, les mains sur les hanch­es, stat­ue incar­née de la séduc­tion et de la bonne humeur.

« Tu as – envie de pren­dre un bain ?

– Bien sûr », répon­dit Nathalie en lançant des regards taquins en direc­tion de son amant qui allait pren­dre un avant-goût du plaisir dont ce corps était promet­teur. Nathalie se jeta dans ses bras ouverts et s’amusa à lui faire sen­tir son poids entier en se sus­pen­dant, les jambes repliées en arrière, à son cou. La seule masse de cette chair vivante, pal­pi­tante et rem­plie de sèves, aux­quelles Ste­fan eut grande envie de goûter, le rem­plit d’un désir qui par­cou­rut ses mus­cles comme un spasme élec­trique et cou­vrit sa peau de fris­sons. Les mains sous ses fess­es, il la ser­ra tout con­tre lui, au point de lui faire mal, plaça sa bouche con­tre son oreille et mur­mu­ra :

« Je vais te ser­rer jusqu’à ce que tu ne bouges plus, je vais te désha­biller jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien entre nous, je vais ouvrir ta bouche et aspir­er ta salive pour m’en rem­plir les poumons, je vais ouvrir tes jambes et je vais ramass­er ta mouille à même tes lèvres cachées. Je vais boire à ta source jusqu’à ce que mes entrailles regor­gent de toi. Je vais te regarder jouir pour faire porter à mes yeux les stig­mates de ton plaisir, je vais te faire crier de joie pour m’assourdir des échos dont ma mémoire reten­ti­ra à tout jamais – je vais t’aimer, et voilà bien le plus grand mal­heur que je puisse nous infliger !

– Je suis rem­plie de potions savam­ment con­coc­tés, mon amour, et je vais me servir de leur magie pour t’enchaîner. Je vais t’en faire réclamer encore et encore, et je vais m’absenter pour faire mon­ter tes envies. Je vais rester loin jusqu’à ce que tu sois rem­pli de sèves, prêt pour une mois­son dont je vais te faire subir les sup­plices. Je vais arroser l’arbre qui pousse au milieu de ta viril­ité pour ensuite y pos­er l’étreinte de mes lèvres et y imprimer la trace de mes dents. Je vais te retir­er le priv­ilège de me pénétr­er parce que ton amour sera réservé à ma bouche, je te des­tine à me nour­rir et je chang­erai ta bite en téton auquel je serai pen­due éter­nelle­ment pour y sucer une manne dont je compte me rem­plir la bouche, le gosier, le ven­tre et jusqu’aux entrailles. Je débor­derai de toi, et un jour, quand j’aurai su mon­ter ton amour aus­si loin que je puisse t’exciter, je mour­rai asphyx­iée, les poumons noyés de ta salive, et on me retrou­vera éten­due par terre, les lèvres entrou­vertes avec dans ma bouche les restes de ton sperme à moitié digéré. »

Pen­dant toute cette incan­ta­tion, Ste­fan avait cédé de plus en plus sous le poids de la femme sus­pendue à son cou. Il déploya toute sa force pour amor­tir sa lente chute en avant et il réus­sit à la couch­er douce­ment par terre, sur la moquette, avant de s’effondrer sur d’elle. Elle prof­i­ta de sa faib­lesse pas­sagère pour pren­dre sa tête dans ses mains, l’attirer vers elle et lui pos­er un énorme bais­er humide sur le nez qui, une fois ses lèvres retirées, dégouli­na de salive.

Il s’arracha de son étreinte, se redres­sa, res­pi­ra un grand coup pour se remet­tre de l’effort qu’elle venait de lui deman­der, et la con­tem­pla, éten­due à ses pieds.

« Tu es ravis­sante, mon amour. Mais attends d’être couchée sur le lit en train de me sen­tir partout. Tu seras franche­ment irré­sistible !

– Ce sont ton amour et ton avid­ité qui me ren­dent belle. Mais ma volup­té va te faire brûler et quand tu seras con­sumé par le feu, c’est moi qui vais renaître de tes cen­dres — plus jeune et plus belle encore. »

Il lui tend son bras et l’aide à se relever. Puis, il enlève ses chaus­sures, dénoue sa cra­vate, débou­tonne sa chemise, ouvre sa cein­ture pour baiss­er son pan­talon, retire les chaus­settes et, vêtu de rien d’autre que de son slip, fonce vers la salle de bain.

Comme il n’y a pas de chauffage, Ste­fan fris­sonne légère­ment et se hâte de faire couler l’eau. Elle sort vio­lem­ment du robi­net grand ouvert et Ste­fan se retrou­ve isolé der­rière un rideau sonore tiré par le bruit du jet qui se brise con­tre les parois blanch­es et froides de la baig­noire. Il place ses bras dans l’eau pour en essay­er la force et pour capter une par­tie de sa chaleur dont il compte dévi­er un peu de son énergie pour se réchauf­fer. La tem­péra­ture devenant bien­tôt insup­port­able, il doit retir­er ses bras en vitesse pour éviter de se brûler. Ses regards tombent alors sur la tache rose d’une bouteille de gel douche placée sur le lavabo juste à côté. La pren­dre et vers­er son con­tenu dans l’eau bouil­lon­nante est tout un. Presque aus­sitôt, des bulles com­men­cent à se for­mer à l’endroit où l’eau du robi­net plonge dans celle du bain. Fasciné, Ste­fan con­tem­ple les bulles qui nais­sent sur l’eau et for­ment, au bout de quelques instants, un mon­tic­ule qui grandit au fur et à mesure que monte le niveau de l’eau dans la baig­noire. La vapeur enveloppe Ste­fan et finit par élim­in­er le froid qui avait assiégé le corps presque nu. L’envie de se laiss­er gliss­er dans l’eau devient irré­sistible, mais comme il faut d’abord en réduire la chaleur, Ste­fan ajoute de l’eau froide et attend un peu avant de se pencher dessus pour y plonger ses bras. Une joie enfan­tine naît quelque part dans ses entrailles, se répand à tra­vers le tis­su de ses mus­cles et de sa peau, et le fait ray­on­ner de joie quand il voit dis­paraître, d’abord ses doigts, ensuite ses bras jusqu’aux coudes, dans la mousse blanche. Des myr­i­ades de bulles minus­cules écla­tent au con­tact de sa peau et la cou­vrent d’une sen­sa­tion agréable, d’une sorte d’effervescence, accom­pa­g­née par un bruisse­ment qui lui rap­pelle le son d’un com­primé qui se dis­sout dans un verre d’eau.

Absorbé par le spec­ta­cle du paysage de mousse, ren­du sourd par le bruit de l’eau qui coule, Ste­fan ne se rend pas compte de ce que Nathalie, qui s’était rap­prochée à pas de loup, pieds nus, se tienne, immo­bile, juste der­rière lui, regar­dant, fascinée, le jeu des mus­cles sous la peau, et flairant l’odeur mas­cu­line à tra­vers l’avalanche de molécules que lui apporte la vapeur. Elle avance une main, hési­tante d’abord, mais de plus en plus déter­minée, attirée par la peau nue qui s’étale devant elle et qui appelle la sienne. Un doigt glisse dans le slip. L’homme cesse de bouger, tétanisé par la présence inat­ten­due. En proie au désir renou­velé, Nathalie tire sur le bout d’étoffe, douce­ment d’abord, mais bien­tôt avec plus de réso­lu­tion, ren­due plus entre­prenante par la vue des fess­es qu’elle décou­vre au fur et à mesure de sa hardiesse gran­dis­sante, et plus encore par l’idée du sexe qu’elle imag­ine en train de se dress­er pen­dant qu’elle fait gliss­er le dernier morceau de vête­ment le long des jambes mus­clées. Une fois le slip par terre, Nathalie aide Ste­fan à s’en débar­rass­er en lui ten­ant les pieds qu’il soulève l’un après l’autre.

Lente­ment, ses mains repren­nent le par­cours en sens inverse, effleu­rant à peine la couche soyeuse des poils liss­es et reluisants où l’énergie de l’homme surex­cité guette le pas­sage des paumes moisson­neuses. Nathalie, branchée sur le désir qu’elle fait naître, entend crépiter les étin­celles qui passent entre leurs épi­der­mes, et ses poils se dressent quand ce flux sup­plé­men­taire vient s’ajouter aux courants qui cir­cu­lent dans ses pro­pres veines. Les yeux fer­més, les lèvres entrou­vertes, elle débouche finale­ment sur le ter­rain rond et voluptueux des fess­es qu’elle com­mence à cou­vrir de mou­ve­ments cir­cu­laires. Elle se laisse ten­ter par des excur­sions dans les régions voisines du dos et des jambes, mais elle renonce pour l’instant à faire le tour com­plet du torse qu’elle se réserve pour plus tard. Ste­fan, sous les mains qui le tâtent, fris­sonne d’aise et d’excitation pen­dant qu’il absorbe la chaleur ani­male qui ray­onne du corps de la femme en chaleur. S’approchant encore davan­tage, Nathalie se frotte douce­ment con­tre le corps penché au-dessus l’émail blanc des parois. L’image de sa nudité, de son corps épilé avec juste la petite touffe de poils fon­cés dont il sent le cha­touille­ment dans le bas de son dos, s’empare de Ste­fan pen­dant que Nathalie con­tin­ue de promen­er ses mains le long de l’échine, les faisant mon­ter, descen­dre, remon­ter, descen­dre encore. Elle aus­si trem­ble, et pose ses mains sur ses épaules, juste le temps de sen­tir vibr­er, à fleur de peau, la force retenue de l’homme qui se livre, jusque dans les moin­dres fibres de ses mus­cles.

Irré­sistible­ment attirée par l’énergie vitale qui se con­cen­tre sous la peau du cou, où elle sent pass­er le sang et l’air, elle y pose ses doigts pour palper les cordes des mus­cles et débus­quer les bat­te­ments réguliers des artères. Surex­citée par l’énergie qui pal­pite sous ses doigts, elle resserre ses doigts dans une étreinte presque féroce. Ensuite, pen­dant que sa main gauche glisse sur la peau fraîche­ment rasée autour des lèvres, suiv­ant, à tra­vers la mince couche de chair, les os de la par­tie inférieure du crâne, la main droite passe sur la bouche et les joues, cou­vre les yeux et les arcades sour­cil­ières, monte le long du front et s’enfouit dans la chevelure. Les pha­langes sveltes et fins se replient, les ongles s’enfoncent dans la paume et Nathalie empoigne les cheveux de Ste­fan dans une prise ferme. Elle se rend maîtresse de l’homme qui est à genoux devant elle. Dans un élan de vio­lente ten­dresse, elle tire sa tête en arrière, ren­forçant le mou­ve­ment par la pres­sion exer­cée en même temps par sa gauche con­tre le men­ton. Ste­fan s’abandonne au plaisir de subir cette dom­i­na­tion, et quand il ouvre les yeux, c’est pour voir les seins de Nathalie juste au-dessus de sa tête. La vue de leur sur­face bom­bée, de la peau lus­trée et humide, des mamel­ons dont les pointes se dessi­nent fon­cées sur le fond plus clair des murs, le plonge dans un abîme qu’il imag­ine rem­pli à ras bord du liq­uide chaud et visqueux de la volup­té qui bouil­lonne entre les cuiss­es de Nathalie.

Ayant établi les rôles, elle se penche pour pos­er ses lèvres sur la gorge offerte. Ses mains repar­tent à la décou­verte des plaines éten­dues du dos, pen­dant que sa bouche glisse sur la peau au-dessous de laque­lle s’étend le réseau des artères. La vision du sang cir­cu­lant, pom­pé vers le mem­bre qui se dresse et se gon­fle sous l’afflux des glob­ules, donne le ver­tige à Nathalie qui se croit emportée dans une cav­al­cade, rouge et irré­sistible.

Age­nouil­lée, elle enfonce ses doigts entre les cuiss­es de son amant qu’elle vient d’assujettir. Une chaleur moite l’y accueille. Pous­sant plus loin, elle ren­con­tre, au creux des cuiss­es, la peau ten­dre et lisse, fraîche­ment rasée, des bours­es. Elle palpe très douce­ment les deux boules qui s’y cachent avant de fer­mer ses doigts autour de cette par­tie de l’anatomie où se résume comme en con­den­sé la cor­po­ral­ité de son amant. Elle soupèse les tes­tic­ules comme pour mesur­er la dose de plaisir qu’elle pour­rait en tir­er. Les jambes frémis­sent, et le sang, fidèle à l’appel, bat les parois de la grande artère du pénis, appelé par la magie qu’opèrent les caress­es adroites. Nathalie avance son majeur pour cha­touiller le bout de la verge. Tout en gar­dant le scro­tum sous l’emprise chaude de sa main droite, dont la peau se mouille sen­si­ble­ment sous l’effet com­biné de l’air humide de la salle de bain et de la tran­spi­ra­tion de leurs corps, elle empoigne le sexe de sa main gauche. Pleine­ment érigé, il offre une prise facile à la main exigeante. Ses doigts se reser­rent fer­me­ment autour de la chair.

Ils restent ain­si, col­lés l’un con­tre l’autre, pen­dant des instants inter­minables, par­cou­rus tous les deux par des vagues de désir qui les font tres­sail­lir mal­gré la chaleur que la baig­noire plus qu’à moitié rem­plie exhale dans la pièce exiguë. Ste­fan ose à peine respir­er, voire bouger, de peur de faire cess­er ces instants mag­iques de soumis­sion, imposée par la femme qu’il aime et à laque­lle il se sent plus que jamais appartenir.

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3 Comments

  1. Ce que j’aime cette puis­sance de l’Amour… de cette ten­dresse à ce besoin ultime de pos­ses­sion…
    ce calme après la tem­pête… Thom, j’aime beau­coup…
    (Thomas… le lam­padaire… c’est ce qui sert à éclair­er les rues… dans une cham­bre c’est la lumière… celle qui éclaire nos âme… sourire!)

  2. Bon­soir, ma bourlingueuse préférée, et mer­ci pour ton com­men­taire et ton — éclair­cisse­ment ;-) Je suis heureux de t’avoir croisée ici, dans un des chapitres les plus impor­tants, en plus. J’espère que la suite répond aux attentes…

  3. Pour en revenir à ton “éclair­cisse­ment”, j’ai regardé dans le Robert, et j’y ai trou­vé la déf­i­ni­tion suiv­ante : “Appareil d’éclairage* élec­trique mon­té sur un haut sup­port qui se pose par terre. L’abat-jour d’un lam­padaire. Lam­padaire d’appartement.” Il me sem­ble que cela pour­rait quand-même être adap­té, non ?

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